Choses politiques

Mozart, et du café soluble

Je viens d’un petit village. Actuellement j’habite à la grande ville, mais à l’origine, je viens d’un petit village. Un petit village de six cents habitants, ou presque. Une bonne centaines de vaches en plus.

Tibert en face d’une sacrée incohérence

Dans les petits villages, il y a les sociétés de village. La fanfare. La gym. Le choeur d’hommes. Le choeur mixte. Le tir. Encore une combine pour boire des verres, elles disent. Et puis chaque année, il y a la soirée annuelle. C’est l’occasion de faire tourner la caisse, et puis ça fait vivre le village, ça permet de se mettre au courant des derniers ragots. Que le syndic trompe sa femme;  qu’elle ne le sait pas encore; qu’il ne pense pas lui dire; qu’elle le saura quand même un jour ou l’autre.

On cause, quoi.

Dans les soirées de village, il y a la première partie. La fanfare met son uniforme et joue ses meilleurs morceaux. Le choeur d’hommes fait un repas et sert ses meilleurs morceaux. Les dames de la gym nous font voir leur derniers morceaux. C’est la première partie.

Ensuite, normal, la deuxième partie. On a invité une autre société, on a fait venir un clown, un prestidigitateur, un comique-pétomane ou une troupe d’improvisateurs. On rigole. On se détend, et on continue à causer. Du syndic et de sa femme.

Entre les deux parties, il y a l’entracte. C’est quelque chose, l’entracte. On annonce quinze minutes, ça dure trois quart d’heure. Tout gamin, c’était la première fois que je comprenais que les adultes pouvaient mentir.

Pendant l’entracte, les jeunes de la société vendent la tombola. Des billets à un franc, qu’on déchire, qu’on déroule, pour tomber soit sur un « merci-d’avoir-joué » sarcastique, soit sur un numéro magique, derrière lequel se cache un lot incroyable. Les lots de la tombola, c’est toute une histoire: les membres de la société sont allés chercher des denrées chez les gens. Des paquets de pâtes, des conserves, des friandises, des bouteilles d’huile. Des services à thé, des pelles à gâteau, des pattes à marmites. Mais aussi des cédés de musique classique, des kits de pâte à modeler, des livres sur la cuisine au micro-ondes. Des trucs que les gens ont chez eux, qu’ils avaient trop honte de donner pendant les fêtes.

Du coup, pour ré-équilibrer la valeur des lots, le caissier de la société a fait des paquets avec les différentes choses: la boîte de cacao est dans un plat à salade, la poupée-Donald est attachée au family pack de ravioli, et Mozart est scotché à du café soluble.

Toute les contradictions du monde dans une tombola.

Parce que c’est ça, l’univers: un paquet de trucs incongrus qui se retrouvent associés on ne sait pas comment. Un gros mélange de tendances qui tirent à tort et à travers. On aime les symphonies de Beethoven parce qu’elles sont dissonantes à un moment donné. On aime les personnages de Shakespeare parce qu’ils ont toujours une petite incohérence. On aime nos femmes parce qu’elles nous tapent (quand même) parfois sur les nerfs.

L’univers, c’est beau parce que c’est pas cohérent.

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2 réflexions sur “Mozart, et du café soluble

  1. Bonjour-soir à toi, le mec-qui-a-un-chat-jaune, et au chat jaune (qui mine de rien fait au moins la moitié du boulot). J’ai bien apprécié cet article (entre pas mal d’autres), et ne peux même pas comprendre comment cela se fait-ce que personne n’ait rien écrit ici depuis plus d’un an et demi, car d’après les apparences tu n’es même pas vraiment mort. Donc réveille-toi, je t’ai « clipmarqué » en jouant avec un gadget que je testais, je t’en informe pour la politesse, mais l’humanité en veut plein d’autres comme ça, je t’en informe pour l’intérêt de ladite humanité, moi y compris.

  2. finpoil dit :

    Ça fait plaisir!
    Je ne suis pas encore mort, j’étais juste en train de construire des décors pour un nouveau spectacle. Je vais essayer de retrouver mon clavier là-dessous et de ciseler un de ces billets dont tu me diras des nouvelles.
    Au plaisir

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