Écriture

Dimanche culte

Quand j’étais gosse, mes parents cultivaient passablement leur sens religieux: toute la famille allait au culte au moins 3 fois par mois (ce qui explique mon excellente culture biblique, le look christique de mes 22 ans et mon goût pour les histoires invraisemblables). Depuis, il faut avouer que mes parents ne vont plus régulièrement à l’église: de religieux, ils sont devenus spirituels – ce qui est un réel progrès, à mon avis. Bon, à leur décharge, il faut avouer que le pasteur actuel a autant de charisme qu’une botte d’asperges.

Toujours est-il que mes fréquentes visites à l’église éveillaient à chaque fois une fascination sans égal: j’écoutais tout sauf la prédication, me passionnant pour les chorals dont j’essayais de reproduire la deuxième voix, dévisageant le pasteur qui articulait des prêches incompréhensibles pour un garçon de mon âge, et détaillant par le menu les scènes représentées dans les vitraux en me demandant si le monde de l’Antiquité était aussi pixellisé qu’on nous le laissait croire (au moins, il était en couleurs; contrairement au monde des années 20, qui – comme chacun sait – est en noir et blanc).

D’années en années, je repérais peu à peu les cycles thématiques du pasteur: la nativité en décembre, la résurrection en avril et la parabole du semeur au début du printemps (au bas mot, je pense l’avoir entendu au total 34 fois, cette parabole du semeur; j’ignore si le pasteur cherchait à intéresser les plus agraires de ses ouailles, mais il tendait à nous resservir cette histoire comme un vieux plat réchauffé; je pourrais vous la réciter par coeur, les yeux fermés, sans les mains et en montant un cheval au galop). En outre, j’apprenais à connaître les organistes qui se succédaient derrière le monstre aux tuyaux: la vieille qui tremblait, la jeune qui toussait, la moche qui se gourait.

Après quelques années, j’étais devenu aguerri dans la plupart des rituels: comment trouver la bonne page du psautier avant tout le monde; comment avaler avec distinction la boule de mie pâteuse que le pasteur nous donnait pour la cène; comment introduire avec discrétion la pièce de cent sous que mon père me glissait cérémonieusement pendant le dernier cantique (râaaaah, le bruit libérateur des doigts qui fouillent les porte-monnaies).

Et puis, il y avait surtout la poignée de main.

À la fin du culte, le pasteur – non content d’être déjà la star du spectacle – sortait en premier pour nous accueillir toutes et tous, un par un, à la sortie de l’église et nous serrer la main. À cet endroit, il était d’usage de lâcher un compliment, une félicitation, un remerciement destiné à la louange du ministre. Comble du comble: après nous avoir fait subir son galimatias dans l’obscurité d’un temple mal éclairé, le pasteur s’adjugeait donc le mérite de nous faire passer dans le dimanche ensoleillé, promesse d’un festin préparé par maman et d’une journée oisive à regarder des Disneys.

Moi, je lui souriais à chaque fois, au pasteur.

Tu penses bien, après avoir été mal assis pendant une heure.

Peu passionnés par le sermon?

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Une réflexion sur “Dimanche culte

  1. Ann dit :

    En effet, ça avait l’air passionnant. Drôle comme d’une église à l’autre les expériences peuvent être bien différentes. Ca vaut parfois la peine d’aller voir ailleurs…

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