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La taille importe peu

Une fois n’est pas coutume, un billet un peu fastidieux.

Ian Parizot a lancé une discussion sur ce groupe Facebook, pour tenter d’évaluer les différentes définitions que proposaient les gens pour le terme « longform », plus spécifiquement autour de la notion de « longform US ». Cette distinction n’existe pas vraiment en Suisse romande; néanmoins, pour tenter d’apporter de l’eau au moulin, voilà un article proposant ma définition des formules longform et shortform (que je franciserai désormais en « format long » et « format court »), proposition fortement basée sur l’excellent ouvrage de Jeanne Leep.long-court

Problématique(s) de base

Vous qui entrez ici, abandonnez toute certitude: le format long n’est pas forcément long, lent, et cohérent par rapport à une unité d’action. Il y a des Harold de moins de 20′ et des impros de match d’une demi-heure… Et depuis quelques années, les improvisateurs s’en mêlent: la « mode » est à la création de concepts « formats longs », pour tenter de toucher à une forme d’improvisation plus exigeante, plus authentique, plus « arty » et plus « sérieuse », peut-être, capable d’ouvrir de nouveaux horizons (des théâtres pros, des théâtres pros!) à la communauté d’improvisation. Mon hypothèse: dans les années 90, nous avions des comédiens pros qui faisaient de l’impro, ça se limitait à être un hobby, on se contentait d’être punchy. Dès les années 2000, on a tout à coup des improvisateurs qui passent professionnels, et qui prennent donc l’outil « impro » au sérieux.

Mais je m’éloigne un peu du propos. Je voulais surtout dire qu’on ne peut que dresser quelques généralités, qui connaîtront quantité de contre-exemples. Et c’est tant mieux, ça montre que les improvisateurs sont des civils désobéissants.

Le format court

Exemples-phares: le Match d’impro, le Catch-impro, le Theatersport, l’impro-cabaret.
L’idée centrale, c’est des sketches improvisés courts (généralement autour de 5′) à caractère essentiellement comique. Forte interactivité avec le public (prise de suggestion fréquente, vote), et donc, plusieurs impulsions en cours de soirée. Le spectacle se veut énergique et punchy; il peut parfois singer une compétition entre comédiens.
Historiquement, le format court découle des « jeux » d’improvisation (Spolin et Johnstone, entre autres) ou trouvent leur origine dans les spectacles à sketchs: ils imitent ces derniers dans leur forme, avec une recherche possible autour du pattern/motif (game of the scene).

Le format long

Exemples-phares: le Harold, la pièce improvisée, la Ronde, la monoscène.
L’idée centrale, c’est une développement approfondi d’une thématique ou d’une unité d’action (généralement en 60′ ou plus). L’atmosphère du spectacle peut être très variable, d’un jeu lent et investi à une esthétique plus délirante et énergique. L’interaction avec le public est limitée (la suggestion est donnée en ouverture de spectacle).
Historiquement, le format long répondait au souhait de pouvoir « lier » thématiquement les sketchs élaborés dans un spectacle de format court. Dans une moindre mesure, les concepts de format long cherchent à imiter des genres théâtraux (Molière improvisé, comédie musicale improvisée), et en reprennent donc les caractéristiques (1h30 sans entracte, 4e mur, unité d’action).

Les mêmes règles?

Même si les deux disciplines sont essentiellement similaires, le style d’improvisation peut fortement varier d’un format à l’autre. Les fondamentaux demeurent valables: l’accord sur une réalité commune et la collaboration (Oui, et…), le développement d’un thème, l’incarnation de personnages. Mais là où le format court se limite parfois au traitement efficace (mais bref) d’un sujet, le format long donne de la place aux improvisateurs, pour approfondir une relation, explorer et intensifier un pattern et donner lieu à plusieurs interprétations d’un thème. J’écris ça sans jugement de valeur: il n’y a pas un format meilleur qu’un autre, il s’agit seulement de deux formes d’improvisation différentes.

D’ailleurs, il est urgent de développer des didactiques spécifiques pour travailler ces formats: je vois encore certains spectacles de jeunes troupes s’essayant au format long, travailler le spectacle comme s’il s’agissait d’une suite de sketchs. Une pièce improvisée, par exemple, impliquera que les temps de jeu seront probablement inégaux: Nora (qui aura joué le protagoniste), aura joué beaucoup plus que Lisbeth (qui aura joué la servante du 1er acte et le choeur du final). À cet effet, le travail autour de la notion du protagoniste me paraît être intimement liée au format long; de même que le traitement symbolique d’une suggestion, qui est un mécanisme propre au format long. Par contre, le travail sur l’esprit de troupe, la construction organique, bénéficiera également aux pratiquants du court ou du long.

En somme, on aurait donc tort de ne pas faire la différence entre ces deux formes d’improvisation: elles sont deux richesses de notre art, deux sous-disciplines, deux spécialisations qui se nourrissent mutuellement. Pour bien les appréhender, il s’agit donc de reconnaître leur différence, de les analyser en tant que telles et de les travailler dans leur spécificités.

 

 

 

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2 réflexions sur “La taille importe peu

    • Yvan_R dit :

      Le Harold, c’est un format de 45-60′ structuré en 3 actes de 3 scènes (ou univers), dérivés à partir d’une seule suggestion prise en début de spectacle; à l’origine, les actes commencent avec une phase d’émergence d’idées, ou des jeux abstraits/théâtraux qui traitent le thème.
      Au fur et à mesure du spectacle, les univers commencent à se « connecter » entre eux, avec des effets d’échos ou des références communes qui laissent penser que les personnages sont reliés, à un degré ou un autre.
      En Suisse romande, j’avais adapté le spectacle « Puzzle » à partir du Harold traditionnel; le format a été inventé à la fin des années 60 par Del Close et son entourage, et connaît de très nombreuses variantes.

      Conception graphique du Harold

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