Enseignement, Improvisation et créativité

La nonchalance et la réaction dynamique

Après de longs mois d’entraînements acharnés, d’exercices de drill, vos élèves parviennent enfin à maîtriser ce Graal de l’improvisation, cette toison d’or que constitue le « Oui, et… ». Combien de nuits à potasser les livres, à se refaire les exercices dans la tête, pour que le résultat arrive enfin, se décante dans leurs sourires innocents: ils sont là, vos élèves, ils se marrent, ils acceptent la réalité de l’autre, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Et ensuite, ils ne réagissent plus.

Exemple-type:

– Mon cher Søren, je vais devoir me passer de vos services. Je vous licencie de ce laboratoire.
– Ah bon.
(Rires divers dans la salle. Un frisson de mort parcourt l’échine du maître, qui sait que la scène vient de mourir dans un râle silencieux.)

C’est ce que j’appelle l’under-tilt, l’apathie anti-dramaturgique, le manque de coeur, la perte du sens du jeu: ce réflexe post-pubère qui fige les improvisateurs débutants (souvent adolescents, les pôôôôvres) dans des postures de nonchalants éternels, insensibles aux appels du pied de leur partenaire. Ça fait souvent rire le public, d’ailleurs, mais ça tue la scène, en la privant d’un véritable conflit, d’une nécessaire tension. Certains improvisateurs en usent et en abusent, parce que ça permet de rester léger, de ne pas trop s’impliquer dans le drame.

Mais il y a quelques élèves qui s’y fourvoient par bon sens, qui croient respecter les règles, qui s’adonnent à la nonchalance par excès de confiance.

Et c’est ma foi normal.

Oui, parce que je leur serine à court d’année qu’il faut accepter la réalité de l’autre comme si c’était la vôtre, qu’il faut être en confiance et commencer une impro sans trop de soucier de savoir comment le conflit naîtra. Alors eux, ces benêts (respectant la loi de l’effet pendule en didactique), se mettent à tout accepter comme du pain bénit, comme si c’était normal.

Donc. Il s’agit de ne pas confondre:

– la réaction de surprise de l’improvisateur débutant, souvent transformée en refus de jeu ou en annulation d’élément dramaturgique;
ET
– la réaction du personnage face à une information absurde, choquante, émotionnelle, provocante, qui permet de dynamiser la scène.

La première est à bannir, la deuxième est à souhaiter.

Bonsoir.

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2 réflexions sur “La nonchalance et la réaction dynamique

  1. San_gui dit :

    Juste, je voulais vous dire que je lis votre blog, et j’aime ça.
    En espérant que vous continuerez ainsi pour un bon moment.
    Holysnail

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