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Un vrai professionnel

L’autre jour: trente-et-unième représentation du spectacle Amuse-Bouches, et au moment d’entonner la chanson « Dégénérations », le blanc total.

Je me prends les pieds dans le tapis, je pédale dans le joghurt, j’éructe deux-trois galimatias. Au final, j’enchaîne très maladroitement jusqu’à la 12e mesure (où mes camarades sont sensés me rejoindre), et on arrive tant bien que mal à chanter le truc.

Je m’en suis voulu à mort: bien sûr, c’est de loin pas la seule erreur que j’ai fait pendant ce concert, mais c’était vraiment un gros instant de solitude, de se retrouver sans filet, amnésique chronique parachuté sous les feux des projecteurs (le genre de truc qui n’arrive jamais dans les spectacles d’impro, hé). Pourtant, je m’étais préparé, j’étais bien concentré au filage, mais au moment critique – crac! Le coup de fatigue, le trou de mémoire, la faute professionnelle.

Maurice André

Mon prof de trompette me racontait qu’il connaissait personnellement Maurice André (le meilleur trompettiste classique du 20e siècle, pour ceux qui n’y connaissent goutte). De passage près de la maison du maître, il avait décidé de lui rendre visite. La femme de Maurice André lui ouvre, et l’invite à patienter au salon. Mon prof s’installe. Il entend, à intervalles réguliers, un « Fa » très distant, joué à la trompette.

– Votre mari répète? Je suis peut-être en train de déranger?

– Non, non, restez, je vous en prie. Maurice a juste un petit compte à régler. C’est par rapport à hier soir. Vous comprenez, il était en concert, et il m’a raconté qu’il a légèrement mal attaqué un « Fa » dans le troisième mouvement de la sonate. Il s’en veut. Alors il travaille. Il n’en a plus pour très longtemps. Il s’isole au sauna.

– Au sauna? demande mon professeur.

Quelques minutes plus tard, Maurice André fait son apparition, dégoulinant de sueur. Il porte un pantalon épais, un gros anorak et un bonnet en laine. Il salue son cher invité en s’excusant, et annonce qu’il va prendre une douche.

Mon professeur m’a alors expliqué que Maurice André travaillait dans les conditions les plus éprouvantes possibles, pour être sûr que les situations de concert paraissent plus faciles, par la suite.

Un vrai professionnel.

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