Où est Charlie?
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À priori, oui.

Le week-end passé, j’étais invité à la première édition du WISE, le Festival d’improvisation de Clermont-Ferrand organisé par Improvergne. 160 participants, 10 formateurs, 4 journées d’ateliers et 3 soirs de spectacles. De la très très belle organisation, à tel point que j’étais persuadé que c’était la 6e édition de l’évènement: l’équipe réunie autour de Rémi Couzon gérait tout ça avec une efficacité rare, l’ambiance était top et la proximité des lieux de stages donnait une superbe unité à ce Festival qui a de beaux jours devant lui.

C’était une occasion pour moi de retrouver de bons amis et de faire quelques découvertes. Oui, Fabio, le geocaching est mille fois mieux que Pokemon Go! Oui, Katar, je reste un enfant de six ans dans un corps de prof de grec! Oui, Remi, il faut absolument un 2e WISE en 2017!

L’improvisation francophone commence à se constituer en communauté

C’est Matthieu Loos qui parlait de ça, en expliquant qu’avec de belles initiatives comme le podcast d’Hugh Tebby et les festivals européens, les professionnels de l’impro commençaient à se solidariser autrement que par le Match. On se croise à Nancy ou à Toulouse, on refait le monde à l’Improvidence, Yverdon-les-Bains ou Clermont-Ferrand. Tout ça pour partager des expériences, des questionnements et des idées autour d’une passion-métier qui gagne peu à peu ses lettres de noblesses.

Facebook vient combler les vides et met en réseau: à l’inverse du format Match qui favorise les échanges internationaux, les concepts qui tendaient à isoler les compagnies dans leur coin trouvent une manière de garder le contact: les festivals inspirent, fédèrent et relient.

À priori, OUI.

Dans tous les ateliers, il y a le (ou la) stagiaire qui pose des questions. Celui pour qui tout est sujet à débat, celle à qui il faut toutes les précisions imaginables avant de faire l’exercice. J’avais déjà parlé de ma politique agressive à l’encontre des questions, mais je sais mettre de l’eau dans mon vin: j’ai remarqué que la plupart des questions que les stagiaires me posent sont des requêtes de permissions (Est-ce qu’on peut commencer l’impro sur une chaise?), des interrogations motivées par la peur (Ça marche, si mon personnage est fâché au début de la scène?) ou des questions propres à chaque exercice – et donc, des cas particuliers: grand paradoxe de vouloir improviser en planifiant déjà les réactions pour chaque cas de figure.

Je me rends bien compte que ces stagiaires sont souvent dépendant d’un style d’apprentissage qui s’appuie sur un programme de cours clair, d’une théorie complète. Ces élèves sont tentés par l’exhaustivité (Que faire dans le cas où…) et la cohérence (Mais tout à l’heure, tu as dit que…). J’ai remarqué que je couvrais 95% des questions avec cette simple et brève réponse: A PRIORI, OUI.

Je vais me faire imprimer un T-shirt, ça fera le mec qui est cool.

Du contenu dans l’enveloppe

Dans les discussions autour des spectacles, on commence à dépasser la pure technique. Il est bientôt fini le temps où on décrivait seulement un « concept ». Les professionnels sont aguerris aux techniques et se désintéressent d’une impro purement performative. Qui veut encore faire une improvisation alphabétique de 2 minutes sur la suggestion « oncologue »? Certes, les vieilles ficelles auront la vie dure, spécialement dans le théâtre en entreprise et les formats de divertissement, mais je trouve enthousiasmant d’entendre des réflexions sur l’esthétique propre à une troupe ou sa quête de sens.

Partout, les praticiens prennent conscience du potentiel illimité de l’improvisation théâtrale (et de sa qualité théâtrale, justement). « L’impro, espace de réalité augmentée depuis plus de 3’000 ans« , devrait-on dire. Le matin du 15 juillet, alors que je réfléchissais au format que nous allions proposer en carte blanche le soir, j’apprenais le tragique évènement de Nice. Et immédiatement, j’ai su que nous devions faire un spectacle là-dessus (ou à tout le moins, aborder le sujet sous un angle personnel). Parce que si le théâtre doit parler du monde, il doit parler du monde d’aujourd’hui. Quel théâtre plus contemporain que celui qui peut improviser ses textes le soir-même? Il était vital que nous parlions de tolérance, d’ouverture, d’écoute et de tendresse humaine.

Pour que l’improvisation soit au-delà d’un « divertissement sans substance » (Johnstone) et que la discipline devienne « le théâtre du coeur » (Del Close).

Be wise.

Capture d’écran 2016-07-20 à 22.29.58

 

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2 réflexions sur “À priori, oui.

  1. (A priori, pas d’accent sur le A ! Normalement j’aurais rien dit, mais là dans le titre et sur un t-shirt je ne peux garder ça sous silence)

    Sinon dans mes stages et ateliers je réponds souvent à la première question : si la question commence par est-ce qu’on peut, la réponse est oui, si elle commence par est-ce qu’il faut, la réponse est non.
    Comme ça je peux juste dire « tu connais la réponse » pour la majorité des questions qui suivront.

    Mais bon ça passe moyen sur un t-shirt…

    Bel été à toi !
    Hugh

  2. J’ai eu la chance d’etre à coté de toi, dans cette experience. Merci pour tout le partage, les rigolades, les beaux spectacles, les conversations artistiques et didactiques qui m’ont enrichi!

    Merci aussi pour avoir préféré le Geocaching au Pokemon-Go.
    Tu as écrit « l’impro comme realité augmentée »… donc un autre point contre le Pokemon-Go, qui n’a rien inventé!

    J’imagine un argument de conversation: quels sont les liens entre le Geocaching et l’improvisation théatrale?
    Je t’offre mon experience d’expert geocacheur: ce que ce jeu m’a appris est à « rester » et à « ne jamais se rendre ». Parfois il y a des caches très difficiles à trouver (les trois qu’on a trouvé ensemble étaient de difficulté 1.5 sur une echelle de 5, donc franchement elles n’exigeait pas trop d’effort, meme si c’est jamais évident de les trouver!). Donc parfois je me retrouve dans un endroit et je commence à chercher, à regarder chaque coin de differents points de vue, à m’eloigner et à me rapprocher de nouveau. Parfois je trouve des trucs que j’aurais pas imaginé (« regarde cette fleur! », « sur cette banc public quelqu’un à écrit une promesse d’amour avec un couteau sur le bois »…).
    La satisfaction de trouver une cache après une demi-heure de recherche est tellement forte que chercher, ça vaut la peine.
    Je crois aussi que l’ìmpro est RESTER ET DECOUVRIR, faire confiance dans la présence avec l’autre sur scène: l’histoire on va la decouvrir, tu sais pas où est-elle, au début, ou bien tu l’imagine et puis c’est un jeu de serendipité.

    Plus, le GC aide à observer: quand tu es un expert geocacheur et tu vas dans une nouvelle place, tu peux pas empecher de poser ton regard partout, parce que ton esprit imagine qu’il y aie quelques caches, quelque part
    [coté malade, coté nerd]
    Les yeux de l’expert geocacheur sont toujours ouvert à observer, decouvrir, se laisser toucher par ce qui se passe
    [coté sain, coté humain, coté impro]

    Pour se renseigner sur le GC: http://www.geocaching.com
    (ou bien, au prochain festival, on va organiser des chasses au trésor avec 150 improvisateurs!)

    La parfaite suite de cette conversation serait le commentaire d’un fan de Pokemon-Go, qui va nous apprendre des choses que nous n’imaginons pas encore (comme l’esprit du GC et de l’impro).

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