Actualité, écologie, Choses politiques

Soleil Vert et vert l’échaufaud

Je résume pour les non-Suisses qui me lisent: dans 4 jours, le peuple votera pour ou contre une « Economie Verte », une initiative lancée en 2012 par le parti écologiste qui vise à réduire l’empreinte écologique de chaque citoyen à une planète (contre trois actuellement). Les mesures comprennent une gestion rationnelle et parcimonieuse des ressources naturelles pour une production minime de déchets. Un peu comme si la Suisse appliquait au pied de la lettre les résolutions de la mascarade de Paris la COP21.  Le débat est très polarisé: les partis de droite rejettent l’initiative, alors que les partis de gauche (et les Verts libéraux) la soutiennent.

Tout d’abord, je me suis dit que c’était un combat perdu d’avance, parce que l’initiative ne va pas assez loin à mon goût (l’objectif devrait être quelque chose comme 2030), mais au fil des courriers des lecteurs et des lettres ouvertes, je me suis dit que j’allais plonger mon nez dans ce débat puant, au risque de renifler de tout près les miasmes cyniques des défenseurs de l’économie. Florilège de prouts argumentatifs qui font fi de la réalité du GIEC:

  1. L’objectif est trop ambitieux (information de la Confédération, page 5)
    L’objectif d’une seule planète en 2050 n’est pas ambitieux, il est indispensable. Parce que la mauvaise nouvelle, c’est que les prédictions les plus alarmantes sur le réchauffement sont devenues des réalités. Par rapport à 1880, la planète a déjà gagné +0.85°, et nous pourrions atteindre +4.8° à l’horizon 2100. Si vous voulez suivre l’évolution de la température du globe, jetez un coup d’oeil sur ce graphique.
    Mais vous allez me dire que 2°, c’est plutôt cool non? On va pouvoir planter du blé dans le permafrost russe et cultiver des fraises au Danemark, non? Oui, presque. Sauf que 2° de plus, c’est déjà trop. Avec 2° de plus, la calotte glaciaire va commencer à fondre, le permafrost va libérer encore plus de CO2, « la production agricole indienne [diminuera] de 25%, provoquant une famine jamais vue. Mais ce n’est rien par rapport au sort du Bangladesh, dont le tiers sud – où vivent soixante millions d’individus – serait littéralement noyé sous les flots à la suite de l’élévation du niveau de la mer. » (Servigne & Stevens, 2015, p. 71).
    Je sais que c’est des mauvaises nouvelles. Le réchauffement climatique, c’est un peu comme le site rotten.com ou la vidéo de la Fistinière: tu as quand même envie de savoir de quoi ça parle, façon d’être éduqué, mais une fois que tu es au courant, tu préférerais ne pas savoir.
    Il faudra que les gens des pays fortement industrialisés admettent qu’ils sont dans le déni écologique: au fond, nous savons tous très bien que nous polluons beaucoup trop et que nos « petits gestes » de colibris équivalent à pisser dans des violons. Ça nous paraît tellement difficile d’abattre la bête capitaliste que nous préférons étouffer la planète à petit feu. On nie la réalité et on s’enferme dans une schizophrénie shootée à la consommation: vendez-moi mon tofu bio importé d’Amérique du Sud et ma bière artisanale à base de malt allemand, que j’oublie un peu le reste de mes paradoxes.
  2. Les mesures radicales impliquées par Economie Verte affecteraient l’économie (information de la Confédération, page 5)chat_gotlib
    L’argument ressemble de toute manière à une lapalissade: le changement va transformer les choses. Oh mon Dieu, mais heureusement! Quelle chance qu’on puisse ne pas se baigner deux fois dans le même fleuve! Mais le problème de cet argument, c’est de croire que l’économie va rester dans un équilibre constant ad aeternam, et que la croissance infinie est possible. Qui sont les idéalistes, à ce stade?
    Dans tous les cas, l’économie va devoir changer et s’adapter. Mais il faut voir si ce changement est décidé de notre plein gré, ou subi de plein fouet. Mon père m’a enseigné la sagesse du comportement à adopter en temps de crise: c’est toujours mieux de sauter soi-même que de se laisser pousser, tu retombes mieux sur tes pattes.
  3. L’initiative va trop loin (information de la Confédération, page 12)
    Non, non, pas du tout. De fait, si on arrêtait aujourd’hui toute émission de gaz à effet de serre (GES), on en ressentirait les effets pendant encore 100 ans. Cent ans. De notre point de vue, cent ans, c’est 1916. Cette année-là, il y avait la révolution de Pancho Villa, la bataille de la Somme et la naissance du mouvement Dada. C’est bin loin, c’t’affaire-là. Imagine Tristan Tzara qui s’allume une cigarette; en 2016, elle fume encore! C’est dire l’urgence du virage écologique qu’il faudra prendre ces prochaines années (mais depuis le film de Mélanie Laurent, on sait que les engagements seront pris Demain – comme si la transition écologique souffrait d’une irrémédiable malédiction de procrastination).
  4. La Suisse est déjà bon élève, je vois pas pourquoi on ferait des efforts. Et puis certains sont pires que nous. (24Heures, courrier des lecteurs du 21.09.16)
    Le traditionnel argument du pire, doublé de l’argument du premier de classe. Soyons pragmatiques, nivelons par le bas…
    Le problème, c’est que la Suisse n’est pas du tout première de classe (ou alors dans le mauvais sens du graphique): au niveau de l’impact carbone, la Suisse se place au 18e rang mondial (source: empreinte écologique par pays par habitant, Global Footprint Network, chiffres de 2010, rapport de 2014). Avant la France, l’Allemagne et l’Italie. Alors peut-être que les Helvètes mettent mieux en évidence leurs bons comportements de recyclages, mais c’est uniquement la pointe de l’iceberg du problème de consommation des ressources. À quoi bon recycler sa canette d’Heineken si c’est pour bouffer de l’agneau de Nouvelle-Zélande?
  5. L’écologie doit être un réflexe, pas une obligation. On en a marre des taxes! L’essence coûterait 12.- le litre! (24Heures, courrier des lecteurs du 21.09.16)
    Comme le rappelle très justement ce bel article de Seth Godin, l’être humain est assez indiscipliné quand il s’agit de s’auto-limiter par rapport à un mésusage. Il lui faut donc des lois et des taxes pour le rappeler à l’ordre et lui donner des garde-fous (l’Homme est-il fou, à la base?). Si le seul moyen pour que les gens prennent conscience du vrai prix d’un litre d’essence, je veux bien faire une année le pousse-pousse pour les invalides.
    http://www.andysinger.com/
  6. L’initiative nous obligerait à diminuer notre consommation par trois! (24Heures, courrier des lecteurs du 21.09.16)
    Ce raisonnement est absurde. C’est d’empreinte qu’il s’agit, pas de consommation brute. Si vous achetez des filets de perche pêchés et conditionnés localement, par rapport à un saumon du Groenland, vous avez diminué votre empreinte par trois. Et vous avez toujours votre poisson dans l’assiette! Si vous renoncez à votre bain chaud au profit d’une douche chaude, vous avez diminué votre empreinte par trois. Et vous êtes quand même propre. L’argument des douches froides est absurde, anti-mathématique, fallacieux et consternant.
    C’est l’absurdité de ce site contre l’initiative, qui pose trois faux dilemmes sans imaginer une voie du milieu: en bref, si vous êtes végétarien, que vous aimez les douches froides et que vous ne partez jamais en vacances, vous êtes moins concerné qu’une majorité de personnes (hey, c’est l’fun: si vous êtes minoritaire, vous avez probablement tort). Croire que nous devrons renoncer à tout confort en adoptant un train de vie sobre relève du manque d’imagination et de l’amnésie. Manque d’imagination, parce que je peux très bien aller visiter l’Allemagne en vélo. Amnésie, parce que j’estime que le « progrès » a également diminué mon confort: le bruit des voitures, le vacarme des chantiers, la défiguration des paysages, la pollution des rivières. Si on nous avait demandé de voter le monde de 2016 en 1981, aurait-on dit OUI?

En conclusion

Quand le texte de l’initiative est sorti, j’ai pensé que c’était une emplâtre sur une jambe de bois. Un peu comme si, à bord d’une Ferrari lancée à 200 km/h contre un mur, tu décidais de couper la climatisation pour économiser un peu l’énergie. Mais au moins, l’initiative va dans le bon sens, et je voterai oui dimanche. Mais au-delà de cet engagement, la solution à la crise climatique passe obligatoirement par une remise en question du système capitaliste: on ne doit plus encourager la compétitivité économique quand il s’agit de sauver la planète ensemble. On ne doit plus encourager le libéralisme quand il faut prendre conscience des limites. On ne doit plus se fier au progrès quand celui-ci amène davantage de problèmes que de solutions.

On me dira que j’ai tort de tout mettre dans le même panier, que les banques ont leur utilité pour la société, que je suis bien content d’avoir un scanner dans l’hôpital de mon quartier et que le chocolat MaxHavelaar permet à des familles uruguayenne de vivre dans des conditions décentes. On me dira aussi que la technologie trouvera une solution, que les panneaux solaires feront refleurir le désert et qu’on inventera de la viande sans tuer des animaux.

Et je vous répondrai que ça fait bientôt quarante ans que le développement durable ne tient pas ses promesses; que les scénarios pessimistes sur le réchauffement climatiques parlent de crises systémiques, passant par des famines, des désordres sociaux, des mouvements de population et des épidémies dont on ne mesure pas encore l’énormité; que vous ne trouverez ni assez de cuivre pour vos panneaux solaires, ni assez de lithium pour vos batteries, ni assez de pétrole pour vos polymères. Mais surtout que vous ne trouverez pas assez de rêveurs pour alimenter vos cauchemars de croissance infinie.

L’hiver vient, diraient les Stark.

L’hiver vient, et tout le monde est en train de se demander quel cadeau offrir à Noël.

Trône de Faire...

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La Décroissance expliquée à mon chat

Je travaille trois mois à Gênes, en résidence d’artiste, sur un spectacle solo sur la décroissance (c’est pour février 2017). Quand j’annonce ça, j’essuie souvent la question de c’est quoi la décroissance? et heureusement mon chat se la pose aussi (avec d’autres questions, comme ce que je fais VRAIMENT en tant que comédien, la marque de mes croquettes préférées et pourquoi je ne me lèche pas les couilles pour les laver). Je laisse mon chat jaune Lipton mener cette interview.

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Lipton Choderlos Corleone, mon chat dans toute sa glandeur

Pourquoi tu me fais t’interviewer? Je dormais.

Parce que j’aime le dialogue, chat. Et que si c’est toi qui poses les questions, les gens pourront suivre les réponses comme si c’était eux qui les posaient.

Je pose pas les mêmes questions que les humains. Je suis pas un humain.

Je sais, chat. Je sais. Allez, pose la première question.

Qu’est-ce que la décroissance?

C’est un mouvement de pensée né à la fin des années septante qui soutient que la croissance économique n’est pas souhaitable pour des raisons écologiques. C’est aussi le titre d’un journal français très intéressant d’écologie radicale; son équivalent veveysan, Moins, est très bien aussi.

Mais quel rapport avec Gênes?

À la base, aucun rapport. J’avais surtout envie d’écrire un spectacle écologique, une réflexion sur le coût environnemental de la culture, du genre: combien coûte une représentation de Richard III dans un théâtre subventionné. Je me suis aperçu que c’était – primo – très compliqué à calculer, et – deuzio – assez anecdotique. En creusant mes recherches, je me suis rendu compte que la pensée décroissante était de toute manière liée au combat anticapitaliste. Or, en 2001, paf: il y a eu les émeutes anti-G8 à Gênes.

J’étais pas né.

G8

Wouhééé, la fine équipe.

En juillet 2001, l’Italie berlusconienne accueille le G8 à Gênes. C’est la dernière fois que les 8 pays les plus industrialisés se sont rencontrés dans le centre d’une grande ville – au sein de la société urbaine. Après les émeutes, les sommets sont devenus  plus frileux, organisés dans des villes de moyenne importance ou des nids d’aigles hyper-sécurisés. Mon point de départ, c’était cette fuite des grands de ce monde hors du forum, hors de l’espace urbain.

Je comprends toujours pas très bien le lien entre les deux.

Je sais, moi non plus. Je cherche encore. Mais j’avais aussi un autre point de départ: Gênes est la ville natale de Christophe Colomb. Pour moi, c’est un peu l’inventeur de la mondialisation. C’est très inexact d’un point de vue historique, mais symboliquement, ça tient la route: Colomb était un visionnaire qui s’est agrippé à sa vision d’un nouveau monde et qui a remis en cause les paradigmes de l’époque. C’est émouvant de lire les passages de son journal où il explique qu’après quatre semaines de navigation, les marins déprimaient et s’en plaignaient à leur amiral. Quels arguments Colomb a-t-il trouvé pour les encourager à poursuivre l’aventure? Quand tu ne sais pas vraiment qu’il y a la terre ferme devant, tu dois quand même avoir une sacrée dose de confiance en soi. C’est à l’image de l’écologie radicale: le message de la décroissance peut paraître peu sexy à première vue, mais il faut suivre le cap confiance, en sachant qu’il y a un nouveau monde à inventer.

J’ai le dos qui démange. Gratte-moi.

Chamberlain

Chamberlain brandissant l’accord de paix anglo-allemand. Ces rires.

Je vois le succès très encourageant du film Demain et les réactions enthousiastes qu’il suscite, qui dénoncent aussi la crise de l’écologie politique: on a vu un regain d’intérêt pour les Verts après Fukushima, mais sinon c’est mou du bide et complètement consensuel. En décembre 2015, il y a eu cette somptueuse COP21, ce sommet mondial autour du réchauffement climatique. Le seul « résultat » de cette grande messe écologique, c’est un vulgaire bout de papier: un accord non-contraignant qui dit en substance Ouh là là il fait déjà chaud, alors essayons de se dire qu’avec 2 degrés ça sera tout juste tenable, et prenons cinq ans pour faire valider ça par nos parlements nationaux, on se revoit en 2020 pour en recauser tranquille entre potes, ça vous va? Et surtout, est-ce qu’il reste du caviar au buffet?

Vous, les humains, vous êtes ridicules.

Je sais. Le pire, c’est que tous les gouvernements, et la plupart des partis écologistes croient encore au développement durable.

(Lipton bâille) Ben ça? Je croyais que c’était plutôt du côté des gentils, le développement durable?

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Reculer pour mieux foncer dans le mur

Non! Le fondement du développement durable, c’est une foi inébranlable dans la croissance et le progrès. Tout plein d’oxymores à se mettre sous la dent: croissance soutenable, écologie libérale, énergies vertes, moteurs propres. On nous fait miroiter une voiture électrique à « zéro émission », en cachant sous le tapis tous les composants minéraux et toxiques qui sont entrés dans sa fabrication. Il y a une hypocrisie énorme là autour: je peux m’acheter un vol easyJet et « compenser mon empreinte carbone en finançant des fours solaires à Madagascar« . Ton train de vie suisse (lequel nécessite 2,5 planètes) te permet de délocaliser ton engagement, pour aller aider les malgaches (dont l’impact est trois fois moindre) à cuire leur dîner. Les grandes entreprises se montrent sous leurs atours les plus « verts » et obtiennent des labels d’engagement pour la planète. C’est ce qu’on appelle du greenwashing, du lavage de cerveau avec du pipi de robot.

Mon pauvre, tu m’as l’air bien remonté. (il se frotte l’oreille) 

Et c’est tout le système productiviste qui agonise dans un râle bruyant, soutenu par tous les consommateurs. Et tout le monde vit dans le déni: les gens savent pertinemment que c’est mal de faire un Genève-Londres pour 12€, mais on continue en se donnant bonne conscience avec des « petits gestes pour la planète ». Si j’éteins mon wifi la nuit, ça compense mon week-end en avion, non? Tout le monde est mal à l’aise par rapport à ça, alors on adule Bertrand Picard, nouveau prophète de la technologie verte et chercheur de solutions. La décroissance explique que c’est perdu d’avance: il ne faut pas chercher l’écologie dans un système productiviste.

Mais la science va bien trouver une solution pour tout ça, non?

C’est un mythe! On nous fait croire que la technologie nous sauvera, mais c’est ignorer le paradoxe de Jevons (plus ton système énergétique est efficient, plus les gens vont consommer avec), l’effet rebond de consommation (plus une ressource est rendue disponible, plus les gens vont l’utiliser) et surtout, surtout, la deuxième loi de la thermodynamique.

(il bâille) BORING!

En clair: les ressources du monde sont finies. On ne peut donc pas espérer une croissance infinie. Donc, autant décroître avant l’effondrement.

Ok. Donc il faut s’éclairer à la bougie, c’est ça? Je vais m’y brûler les moustaches. Et puis ça pue, tes trucs!

Ça, c’est l’image qu’on donne de la décroissance: un retour à l’Âge de pierre, éclairé à la lampe à huile, dans un monde ultra-policé avec contrôle des naissances. L’autre argument récurrent, c’est d’expliquer que la décroissance est inapplicable pour le Tiers-Monde, auquel ce serait égoïste de refuser le progrès dont l’Occident a pu profiter pendant deux siècles. Comme si c’était égoïste de prévenir quelqu’un qu’il va faire une erreur.
Bien sûr, certains vont pointer du doigt mes contradictions: je prends encore l’avion, j’ai une voiture et un scooter, un appartement mal isolé, un iMac, un iPad, un iPhone… Mais t’es qui, toi, pour nous donner des leçons?

Ok, et moi je vais aller me recoucher. Juste avant… Les pistes d’actions concrètes, parce que tes idées, là, c’est un peu flou du genou. 

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Cultivez l’art d’ouvrir la gueule

Vivre la décroissance, c’est refuser de consommer des produits superflus (aujourd’hui, sur QoQa: un mini-réfrigérateur avec allume-cigare. Oui madame), c’est retrouver des potes pour des jeux de société, c’est pratiquer la « sobriété heureuse » ou la « simplicité volontaire » comme disent les Québecois. Concrètement, c’est manger local, bio et peu emballé, c’est faire longuement l’amour, c’est lire des bouquins en papier et jouir du temps qui passe. C’est profiter de la vie, en somme.

Voilà un programme qui me plaît! (il se lèche la patte avant et s’endort)

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Douche écossaise

Au risque de vous faire perdre 15 secondes, vous allez devoir regarder cette vidéo:

Tout un symbole pour le Brexit, quand on sait que ce pauvre Alistair est un chat anglais. Rassurez-vous, il va bien. Le pogona aussi. Oui, moi aussi j’ai dû vérifier qu’un pogona était un lézard, on en apprend tous les jours.

La vidéo nous prive du fin mot de l’histoire, comme le Brexit nous fait glisser dans l’inconnu. Comment? Quoi? Les Britanniques ont voté? C’est… définitif? Pas de retour en arrière? Et l’Europe lui fait la gueule; on dirait un vieux couple qui lave son linge sale en public. Les séances du Parlement Européen tournent au concours de vannes. Entre l’émotion du député écossais et les piques de Jean-Claude Juncker, les débats tournent au vinaigre. Et le vinaigre, tout le monde le préfère avec un bon fish & chips.

Même si ça va pas changer le goût de la Guinness ces prochains moins, ça me fait intimement mal au coeur. J’avais tendance à croire à l’Europe des 28 comme un juste poids lourd face à ce qu’on appelait jadis les superpuissances. Comme sur le plateau de Risk, jouer l’Europe pouvait contrer les Etats-Unis et rapportait cinq renforts par tour. Quel gâchis, ce projet européen qui tombe à l’eau (oui, parce qu’au risque de jeter bébé avec l’eau du bain, on peut quand même dire que l’Europe sans l’Angleterre, c’est un peu comme un canard à l’orange sans canard) (ou sans oranges) (à ce stade, autant faire un poulet au citron, qui n’est pas mal non plus).

Et même si j’ai appris que Goldman Sachs avait financé la campagne du Remain (suspect, ça) et que les règles de la bureaucratie européenne faisaient le miel de Monsanto, j’ai de la peine à souscrire à une décision saluée par l’extrême-droite. Quand Marine Le Pen applaudit, ça ne peut pas vraiment me réjouir. Les gags de Coluche perdent un peu de leur superbe quand c’est les nazis qui se tapent les cuisses.

Pourtant, on peut voir aussi les bons côtés des décisions de l’UE, comme cette récente interdiction de la pêche en eaux profondes. Bon, apparemment, la loi reste timide et ne concerne qu’une minorité de pêcheurs, mais ça fait du bien de voir que l’Europe peut aller dans la bonne direction.

Le Brexit m’a donc réellement surpris, et je suis pas le seul: visiblement, la décision du 23 juin a même pris les Britanniques au dépourvu: plus de 4 millions demandent un nouveau vote. La gueule de bois du lendemain de référendum, ils disent. Vous me direz que c’est pas étonnant de prendre la démocratie à la légère, avec une génération du ⌘+Z où tout n’est que provisoire et pétition internet.

Mais cherchons le positif, et voilà au moins deux choses que le Brexit nous apprend:

  1. C’est dur de prévoir les catastrophes
    Tout le monde a été pris de court, des bookmakers aux commentateurs, des financiers aux instituts de sondage. Oui, on peut le rappeler: les sondages, c’est de la merde.
    « Il est 6 heures le soir, une mère de famille est en train de faire une sauce béchamel quand Ipsos lui téléphone: « Qu’est-ce que vous pensez de la nouvelle politique sur l’immigration? – Bon… bon… Je suis contre! » On va téléphoner comme ça à mille personnes et ce résultat va influencer les prises de décisions politiques en France ou ailleurs. C’est absolument incroyable! Un grand chercheur américain, James Fishkin, a dit, en substance: dans un sondage, on demande aux gens ce qu’ils pensent quand il ne pensent pas. » (David Van Reybrouck cité dans Demain – Un nouveau monde en marche, Cyril Dion, p. 264).
    Mais c’est surtout dur de se représenter une catastrophe: avant qu’elle arrive, elle semble impossible, et quand elle est là, elle paraît inévitable. Bonjour, bienvenue dans le monde des Cassandre que personne n’écoute: « C’est la source de notre problème: car s’il faut prévenir la catastrophe, on a besoin de croire en sa possibilité avant qu’elle ne se produise. » (Pour un catastrophisme éclairé, Jean-Pierre Dupuy, 2002, p. 13)
  2. Un pays peut changer
    Et c’est plutôt une bonne nouvelle. La démocratie fonctionne encore. Alors pourquoi ne pas changer écologiquement? En prenant en compte les problèmes à la racine? Dans la campagne du Brexit, Farage exploitait le problème puant de la crise migratoire, sans mentionner qu’elle est probablement due au (ou en tout cas accentuée par le) réchauffement climatique. Quand les gens sauront que la guerre en Syrie est liée au réchauffement de la planète, que les réfugiés climatiques sont trois fois plus nombreux que les réfugiés de guerre, peut-être qu’ils éteindront la lumière à la cave, qu’ils remettront en cause leur escapade à Nice avec EasyJet et revendront leur 2e Peugeot 307. Et on pique-niquera dans la rue.
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