Improvisation et créativité, Théâtre

Aucune excuse

– La scène était molle, il aurait fallu avancer au but.
– Oui, je savais bien, mais mon personnage n’aurait jamais fait une chose pareille.

Aucune excuse. L’improvisation théâtrale vous met simultanément dans la place d’acteur et de scénariste: vous auriez pu prononcer la phrase qu’il fallait pour tout débloquer, ou provoquer le twist auquel le public ne s’attendait pas.

(Hey, je n’oublie pas que l’impro vous met également dans une posture de metteur en scène, scénographe, chorégraphe, mime, chanteur, j’en passe et des meilleures). Ce que je veux dire, c’est que vous ne pourrez jamais vous réfugier, JAMAIS, derrière votre personnage, pour justifier un (mauvais) choix d’improvisation.

C’est la première Loi de Salinsky, décrite dans le Improv Handbook:

« N’importe quel personnage est capable de n’importe quelle action. » (p.177)

BONUS: Ça vaut aussi pour le théâtre écrit.

« Oh non, pas pour le théâtre écrit! Les personnages sont davantage détaillés, ils ont toute une pièce à leur actif! »

Non.

Pas du tout.

C’est juste des mots sur le papier, ou comme le dit si bien David Mamet: « La vie intérieure du personnage n’existe pas, et le personnage non plus. Le personnage, ce ne sont que les mots d’un discours tracé sur une page, et c’est tout. » (Le Chasseur et le Gibier, p. 44)

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La générosité extra-large

Je donnais un stage d’improvisation le week-end dernier à Genève, pour une équipe amateur.

Au deuxième jour, un des participants vient me voir pendant une pause: « C’est marrant, tu as dit un truc quand tu citais la philosophie à l’américaine de considérer son partenaire comme un génie, un artiste et un poète. Je pense que ça vaut la peine de le répéter aux prochaines équipes que tu entraînes, parce que c’est rarement le cas en Suisse romande. »

Le pire, c’est que sa remarque s’étend peut-être à toute l’impro francophone…amour-extra-large-2001-05-g

Si vous prenez n’importe quel bouquin d’impro en anglais, vous trouverez assez vite ce genre de conseil: « Make your partner look good » (Johnstone), « Treat everyone in the room as an artist, a poet and a genius » (iO, Del Close), « Start doing what makes your scene partner happy » (Jill Bernard), ce genre de conseil qui vous oriente sur le partenaire.

Pour moi, il y a là une différence fondamentale entre les approches francophones et anglo-saxonnes. Si je caricature (on est bien d’accord, je force le trait, hein!):

Approche francophone de l’impro Approche anglo-saxonne
Vive la créativité de chacun ! Vive la créativité du groupe !
Votre partenaire est cool, mais il sera aussi parfois votre adversaire Votre partenaire va toujours vous inspirer
Gloire au comédien soliste ! Gloire au spectacle organique !
« Entrer en lead » sur une impro. Commencer une scène et écouter le partenaire.

J’en veux pour preuve certaines réflexions entendues lors de débriefings, lues sur des forums d’impro, ou alors cet article sur « gérer les joueurs rudes » en impro. Bien sûr, vous connaissez déjà mon hypothèse: le format Match conduit à une impro « compétitive » au détriment d’une conception de l’impro comme un art purement collaboratif.

Hey! Je ne veux pas faire de l’angélisme: les boulets existent en impro. Ou les joueurs en crise de confiance (le shitty mode, la Vallée de Je-fais-de-merde). Mais si vous vous retrouvez à être leur partenaire de jeu, alors vous avez le pouvoir de transformer leur étron créatif en chef d’oeuvre d’or.

« La beauté est dans l’oeil de celui qui regarde. »

Margaret W. Hungerford

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