Écriture

La Grande Menuisière

Fœtus achevé
Fétu tenaillé
Utérus ouvert
L’étau se resserre

Nouvel écolier
Cartable et cahiers
Résultats scolaires
L’étau se resserre

Ado boutonneux
Adieux langoureux
Pucelage vert
L’étau se resserre

Mariage d’amis
Marmaille et leurs cris
La pression du père
L’étau se resserre

Ride au coin des yeux
Bide presque un peu
Frein sur les desserts
L’étau se resserre

Troisième pilier
Trip immobilier
Crise financière
L’étau se resserre

Douleur coronaire
Doutes et colère
Radios et cancer
L’étau se resserre

Trou rectangulaire
Clous, poignées en fer
Laide mise en bière
L’étau se resserre

Sortie de champ

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Écriture

Amères loques

J’ai eu 20 ans en deux mille un
On se réjouissait, non?
On allait pouvoir profiter du progrès
De toutes ces technologies
Abolir le travail, la guerre et l’ennui
Refaire le monde à notre image
Passer le cap
Enterrer la hache
Vivre en paix

Le 21ème siècle serait spirituel, on disait
Ah ça oui, au début, c’était plutôt comique
Le fameux bug informatique
Un effet larsen médiatique
Où tout le monde crie « au loup! » pour de faux
Pour jouer à se faire peur
Mais la peur, c’est comme la guerre
Au bout d’un moment on se prend au jeu
On perd les règles, on jette le plateau
Les pions tombent et les dès roulent
Les obus pleuvent sur Kaboul

Alors ce siècle devint peur,
Colère, effroi, haine et erreurs.

Exit le bug informatique:
Entrent le barbus fanatiques.

Retour à la case départ, on prend deux tours
Qu’on fait péter à coup de 7-4-7
Coup-double, on rejoue en Irak
Le père, le fils, la sainte folie
On change les règles, tous en prison
Guantanamo pour pas un rond
Les nations abattent leurs cartes
C’est qui contre qui?
C’est VOUS contre NOUS!
La France aux Français, l’Irak aux Amerloques,
N’avez-vous pas encore assez peur, bande de loques?

Anthrax par la poste,
Métro à l’explosif,
Monuments sous contrôle,
On vous scanne bec et ongles,
On crève l’abcès, on vide votre sac,
N’avez-vous pas assez peur, bande de loques?

On sème la panique dans l’assiette,
On noie les scandales dans l’éprouvette,
Sales cochons, on vous balance la grippe,
Mort aux vaches, tremblez moutons!
Nous pourrirons la nature
Jusqu’à ce que la moindre créature
Puisse vous refiler une saloperie
N’avez-vous pas assez peur, bande de loques?

La bise est interdite, ça propage la grippe,
La baise est interdite, ça propage le sida,
Le plaisir est proscrit, tout est cancérigène,
Le gras, la viande, le bonheur et l’oxygène,

FERMEZ votre GUEULE et ne respirez PLUS!

N’AVEZ-VOUS PAS ASSEZ PEUR, BANDE DE LOQUES?

Oh le beau coucher de soleil

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Choses politiques

Mes premières dernières volontés

Ne vous faites pas de soucis pour moi. Je suis actuellement en excellente santé. C’est juste que je suis prévoyant.

Pour faciliter la tâche de ceux qui devront préparer ma cérémonie funéraire, voici une liste de contenus qui doivent être utilisés; l’ordre d’enchaînement doit être scrupuleusement respecté, et la cérémonie ne doit pas excéder 40 minutes:

– Programme du Culte –

1. Entrée en musique avec l’Adagio de Barber; c’est du lourd, mec.

2. Accueil du pasteur, qui intégrera la citation attribuée tantôt à La Rochefoucauld, tantôt à Michel Audiard: « La vie, ne la prenez pas trop au sérieux; de toute façon, on n’en sort pas vivant. »

3. La fanfare joue l’arrangement de The Show Must Go On; si les gens doivent pleurer, c’est le dernier moment – c’est la catharsis, il faut que ça ramone les boyaux.

4. Le pasteur évoque ma vie, sans trop entrer dans les détails et en restant indulgent sur mes égarements de jeunesse; si elle le souhaite, la femme que j’aime peut dire quelques mots d’amour.

5. La Compagnie du Cachot joue la version français du sketch des Monty Pythons The Dead Parrot.

6. Lecture du chapitre 61 du livre édité sur The Last Lecture de Randy Pausch (la conclusion de sa conférence, où il répète que les rêves doivent guider votre vie), ainsi que de la pensée (p.46) « La quête de complétude » du bouquin d’Eckhart Tolle The Power of Now, mon billet sur la tentative d’exhaustivité, ainsi que le poème de Boris Vian L’Évadé. Entre chaque texte, un interlude à l’orgue, si possible joué par mon inestimable ami et pianiste, J. D. (en plus, il a si peu l’occasion de jouer sur des orgues que ça lui fera plaisir).

7. Ensuite, un peu de musique joyeuse: Jacques Brel dans J’arrive (si possible, un enregistrement public).

8. Le mot d’envoi du pasteur (si possible assez court; les pasteurs sont toujours trop longs dans leur envoi), puis une sortie d’orgue avec la Toccata de Boellmann.

Ensuite, j’aimerais qu’on éparpille mes cendres au pied des plus proches rosiers, c’est un fertilisant incroyable pour les rosiers, ça, les cendres.

Enfin, j’aimerais qu’on fasse une vraie verrée, qu’on se tombe dans les bras, qu’on se mouche dans les serviettes, qu’on rigole un dernier coup de moi et de cette fabuleuse plaisanterie qu’est la vie.

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